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Faites du bien à votre 2ème cerveau

« Le charme discret de l’intestin » de Giulia ENDERS est un best-seller qui persiste dans les librairies depuis plus de deux ans avec 1000 000 exemplaires vendus. Mais aussi tous les autres, à la suite de « The second brain », ouvrage de référence du Pr GERSHON. PERRUT citant quelques titres d’ouvrages récents démontre que ce sujet n’est plus très original :

  • « Le colon notre deuxième cerveau »
  • «  Le ventre notre deuxième cerveau »
  • «  L’intestin notre deuxième cerveau »
  • « Ben mon colon »
  • « Les secrets de l’intestin »
  • « Le colon »
  • « Quand le ventre va tout va »
  • « Tout vient du ventre »
  • « La santé commence par les intestins »
  • « Chouchoutez vos intestins »
  • « L’intestin au secours du cerveau »
  • « L’homme microbiotique » les secrets de l’intestin
  • « Moi microbiote, maître du monde »
  • « L’intestin c’est la vie »
  • « Libérez vos intestins »

Il existe aussi nombreux ouvrages présentant des régimes soi-disant adaptés…

La plupart de ces ouvrages sont le fait de grands médecins dignes de confiance et qui savent en principe de quoi ils parlent. Mais la grande presse s’empare aussi du sujet.

Cette redécouverte récente de l’intestin et de son contenu montre qu’il n’est pas constitué de déchets dont la priorité est de les éliminer mais d’un milieu bénéfique. Pour autant, les bienfaits du microbiote intestinal, sont connus depuis longtemps. Dans la Chine antique, on faisait un bouillon de selles diluées en potage. Luther mangeait, dit-on, chaque matin un peu de matières fécales. Les bédouins dans le désert avalent des selles chaudes de chameau pour lutter contre la dysenterie. Enfin beaucoup d’animaux sont spontanément coprophages, sans doute pour leur bien.

L’ensemble de notre microbiote (buccal, intestinal, cutané, vaginal) représente 2 à 10 fois plus de cellules et 100 fois plus de gènes que tous nos tissus réunis, dont 99 % dans l’intestin. Le microbiote intestinal peut peser jusqu’à 2 Kg, il est plus lourd que notre cerveau… De 350 cm3 pour Toumaï, guère plus pour Lucy,  800 cm3 pour homo erectus, il est passé à 1350 cm3 pour sapiens grâce à la mutation d’une cytosine en guanine sur un gène du chromosome 15…Cette mutation bénéfique a dominé, alors que l’homme de Néanderthal dont le cerveau était de 1600 cm3 a disparu…

Il est intéressant de savoir que notre microbiote intestinal héberge 100 000 milliards de bactéries, c’est 10 fois plus que le nombre des cellules humaines. Un seul gramme de selles contient 10 à 15 fois plus de bactéries qu’il y a d’êtres vivants sur la terre, c’est 100 milliards de bactéries,  De même la bouche contient 320 espèces différentes commensales et un millilitre de salive contient plusieurs millions de germes. Le système nerveux entérique  est composé de 200 à 600 millions de neurones qui communiquent en permanence avec ceux de notre cerveau. C’est notre deuxième cerveau, on remet ainsi en cause la suprématie du cerveau… C’est une usine chimique qui permet la digestion, la décomposition des aliments complexes, en molécules assimilables, en acides gras aux multiples fonctions, énergétiques ou régulant les secrétions enzymatiques.

Le microbiote intestinal est un acteur majeur du système immunitaire, et interréagit avec le système neurologique et hormonal. 88% du système immunitaire se situe dans l’intestin qui contient 70 à 80 % des lymphocytes, cellules clés du système immunitaire assurant la protection de l’organisme. Jean-Jacques PERRUT précise que la privation de microbiote, souris axéniques, ou enfants nés par césarienne, handicape ces derniers qui doivent attendre des mois pour que leur propre flore tente de se normaliser… Plus l’hétérogénéité du microbiote est élevée, plus le risque d’allergie ou d’asthme est faible. Il participe à la synthèse des vitamines B1, B8, ou K., etc…

Le microbiote tient une part importante dans la responsabilité de l’obésité qui devient un fléau mondial puisqu’il y a désormais davantage d’obèses que de dénutris. Les obèses ont une flore intestinale particulière, elle est moins diversifiée, plus riche en firmicutes, appauvrie en bactéroïdes. En introduisant dans des souris normales des excréments de souris obèses, elles deviennent obèses elles-mêmes. A l’inverse certaines bactéries présentes dans le microbiote peuvent favoriser la perte de poids. Le microbiote peut même fabriquer de l’alcool et positiver une alcoolémie.

Microbiotie et psychiatrie

Les relations entre le cerveau et le microbiote sont de mieux en mieux étudiées, affirme Jean-Jacques PERRUT comme son rôle en immunologie. Le stress modifie la flore intestinale qui influence elle-même les comportements. On connait souvent des troubles intestinaux en période d’anxiété. Si on modifie expérimentalement le microbiote, on modifie aussi les comportements. L’intestin communique avec le cerveau lui signifiant  par exemple si nous sommes rassasiés, ou provoquant nausées si nous mangeons ou buvons trop. Le stress fait appel à l’intestin qui fournit de l’énergie pour le cerveau ; coliques et diarrhées sont parfois les réponses. Les signaux venant de l’intestin arrivent dans différentes régions du cerveau dont le système limbique, le complexe de l’amygdale, le cortex préfrontal ou l’hippocampe qui sont des régions cérébrales qui gèrent des fonctions supérieures. Les intermédiaires seraient les lipopolysacharrides de la paroi des bactéries qui, si la perméabilité intestinale est augmentée, franchissent la barrière intestinale, favorisant la libération de cytokines pro-inflammatoires, provoquant l’inflammation du système nerveux central, majorant stress, dépression, anxiété. 95% de la sérotonine qui régule humeur, sommeil, ou douleur est synthétisée dans les cellules de l’intestin. 50% de la dopamine vient de l’intestin. Le microbiote influe sur le cerveau, le microbiote est mis en cause dans l’autisme, le syndrome de l’intestin irritable s’accompagne de troubles psychiatriques et à l’inverse le cerveau a une influence sur le microbiote (le stress le modifie).

Aussi, la transplantation fécale, l’administration d’excréments –bien choisis- par voie orale ou par voie anale peut sans aucun doute avoir un effet bénéfique comme cela a déjà été démontré.

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